Et maintenant ?

Qu’allons-nous faire ? (petit air de musique d’accompagnement, un peu nostalgique)

Qu’il est loin, le temps où nous étions de jeunes innocents, inconscients de notre infertilité, tout excités à l’idée d’être bientôt parents. Qu’elle est loin, ma dernière plaquette de pilule, terminée dans un frisson plein d’espoir.

Aujourd’hui, nous sommes allés voir Hope pour faire le point. Je n’ai pas eu le courage d’emmener nos 3 tomes de dossier PMA, c’est trop lourd dans mon sac et je me traîne déjà ma déprime comme un gros boulet. Je suis allée à ce RDV à reculons, parce que finalement cette pause sans fin me convenait plutôt bien. Parce que depuis l’échec cuisant de la FIV4 (je n’ai pas tout à fait accepté la transition de 12 ovocytes à 0 embryon potable) pour laquelle nous avions fait tout notre possible pour que la roue tourne enfin (mais il s’avère qu’elle est complètement bloquée, grippée, cassée même peut-être), j’avais mis tout ça dans un petit recoin de mon cerveau et je parvenais tant bien que mal à ne plus (trop) y penser. A part quelques ratés, quelques craquages (souvent en pleine nuit, ou le soir quand je suis seule), je m’en sortais plutôt bien. Parfois même, avec Loulou, on en arrivait à se dire que finalement, ne pas avoir d’enfants, c’était pas si mal. Et que dans le monde dans lequel on vit, ce n’est pas une mauvaise chose de ne pas rajouter des gamins sur cette planète au bord du burn-out.

Mais le RDV était pris, et on y est quand même allés. Pour voir. Pour continuer d’avancer, même si on ne sait pas où. Hier soir j’ai craqué en mettant le tome 3 de notre dossier dans mon sac (je ne pouvais quand même pas le laisser vide). Que d’espoirs déçus. Quelle tristesse.

En quittant le bureau, un collègue m’a demandé où j’allais. Ma réponse évasive ne lui a pas suffi. « Tu vas voir ton gynéco ? C’est pour un frottis ? » Je suis restée un instant sans voix – puis il s’est justifié en me disant que c’était le seul truc qu’il connaissait en lien avec les gynécos. Quelle chance tu as. Loulou ne pourrait pas en dire autant.

Bref, nous avons donc revu Hope. Elle n’a pas changé. Du retard, mais on a l’habitude. Dynamique, franche, claire, directe. Débrief de la situation – pas très brillante. La conclusion est sans appel: mes ovocytes sont pourris. Côté Loulou, le doute est encore permis. Elle nous a montré un tableau détaillé de l’évolution de nos ovocytes/embryons de FIV4, on était impressionnés, c’est du sérieux. Sur 12 ovocytes, il en restait 2 potables à J3 – là où le rôle des spermatos commence. Avec le résultat final qu’on connaît. Maintenant, nous avons le choix: refaire des IAC (retour vers le futur), refaire une FIV (personne n’y croit plus vraiment), espérer une grossesse naturelle (LOL – si si elle l’a dit, et même plusieurs fois), et envisager le DO. Bon, pour nous c’est tout réfléchi. Mais elle nous conseille d’y réfléchir, parce que nous sommes « encore jeunes ». Elle note nos airs dépressifs, blasés, au bout du rouleau. Les jeunes se trimbalent 4 ans et demi d’essais/d’échecs et une longue file de casseroles. Elle nous parle des blogs, des associations qui peuvent nous aider – ça c’est bon, on est calés sur le sujet. L’opération a permis d’améliorer nos chances de grossesse naturelle, mais ce n’est pas non plus miraculeux. On parle pourcentages de réussite, prise en charge,… Je dois faire une hystéroscopie diagnostique pour vérifier la cicatrisation de mon utérus, ça tombe bien J1 a débarqué ce matin, RDV pris dans la foulée sur le chemin du retour. On se laisse l’été pour souffler, et réfléchir à la suite.

En parallèle de tout ça, notre vie est bien remplie, et ça nous aide énormément à avancer, à profiter de notre vie malgré toutes ces galères. On prépare nos vacances de juillet. Je bosse mon violon presque tous les soirs. Je vais au boulot en vélo depuis dix jours (je m’en suis racheté un tout beau, tout blanc). J’ai des envies de changement professionnel. On améliore notre façon de consommer, on cuisine de plus en plus et on achète des fruits & légumes « locaux ».

Et surtout: nous avons adopté un lapin, et ça, ça vaut tous les anti-stress du monde!

 

Merci pour votre soutien, même si je ne donne pas beaucoup de nouvelles, je pense énormément à vous

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La vie continue…

Après notre dernier échec, un de plus, j’ai eu besoin de m’éloigner de tout cela. De la PMA. De la Blogo. Parce qu’un jour, cet n-ième échec finira par être celui de trop, j’ai peur de sombrer dans la tristesse, la déception, la colère. L’envie, la jalousie aussi. Parce que pendant que nous sommes encore et toujours coincés derrière ce « mur invisible », les autres avancent. Parce que quand nous pleurons nos embryons qui n’ont pas tenu plus de quelques jours, d’autres annoncent leur grossesse, leur miracle, et que parfois, c’est juste trop dur. Parce qu’on aimerait tellement être à leur place. Parce qu’on est heureux pour eux, quelque part au fond de nous, mais l’immense tristesse qui nous submerge nous brouille la vue et ne nous renvoie que notre malheur en retour. Parce que leur réussite n’est que le reflet de nos propres échecs. Parce que pour 1 couple qui « réussit », 1 couple échoue lamentablement et quitte ce parcours les bras et le cœur vide.

J’espère ne froisser personne en écrivant ceci, mais notre réalité est ainsi aujourd’hui. C’est que je ressens, et c’est ce que je traverse. Après quatre ans et demi d’essais, le constat est amer. Nous sommes passés d’une infertilité inexpliquée à un cumul de problèmes plus ou moins gênants: une insuffisance ovarienne (avec adénomyose), une thyroïdite, des trompes pas terribles, un utérus pas top non plus, des zozos en vrac, une mutation douteuse, un col d’utérus débouché au scalpel, … 3 IAC, 5 stims de FIV, 4 ponctions sous AG, pour un seul blasto transféré qui n’a pas pu s’accrocher. Le bilan est lourd. La question de « quand s’arrêter » se fait de plus en plus présente. Nous sommes suivis par une doc qui y croit encore, alors nous la suivons les yeux fermés, jusqu’ici en tout cas. Nous ne savons pas très bien où elle va nous emmener. Dommage de ne l’avoir rencontrée qu’après 3 FIV ratées. Mais nous n’avons pas suffisamment d’énergie pour nous demander ce que ça aurait donné si on l’avait rencontrée plus tôt. De toute façon, à quoi bon ? Ce qui est fait est fait. Nos réserves sont très amoindries, nous ne réfléchissons plus beaucoup ces temps-ci. Nous sommes plutôt en mode « pilote automatique ». Les discussions autour de notre désir d’enfant se font de plus en plus rares. Et comble du sort, l’administration a décidé de faire des siennes et de nous ralentir encore plus sur cet autre chemin qui nous emplissait d’espoir il y a quelques semaines.

Bref, c’est pas franchement la joie par ici. Et ça aussi, ça m’a beaucoup déprimée. Etre celle qui écrit des trucs déprimants sur son blog. Celle qui fait flipper les nouvelles et qui attriste les anciennes – celles qui la lisent encore. J’aurais tellement aimé apporter de la joie, de l’espoir, parmi vous, mais non, passez votre tour, ici c’est la loose.

Emportés par le tourbillon de Hope, nous avons débriefé rapidement au téléphone suite à l’annonce de la perte de tous nos embryons, puis avons calé l’opération, celle dont nous avions parlé avant la FIV4. Sans trop savoir à quoi ça sert, car il n’y a rien à transférer. Pas de pingouins et des ovaires à la traîne. Le chirurgien est moderne, on a tout calé par mail. J’ai apprécié cette logistique facilitée, c’est toujours ça de pris. L’opération a eu lieu lundi, dans une belle clinique parisienne. L’AG m’a fracassée, et j’ai encore les blessures de guerre bien visibles sur mon ventre (trois trous avec les fils qui dépassent et un beau bleu autour du nombril qui vire au jaune…). La semaine d’arrêt de travail n’est pas de trop, je n’ai pas vraiment souffert mais j’ai beaucoup dormi. Le personnel soignant a été adorable, et personne n’a fait d’allusion à notre infertilité. Ma mère m’a fait une belle surprise en venant me voir à la clinique lundi soir, je ne m’y attendais pas du tout. Mon homme était là lui aussi, il avait pris trois jours de congés pour l’occasion. Quant aux autres, on est restés discrets. On a fini par en parler à tous les parents sans trop rentrer dans les détails. Mais que dire ? Les parents de Loulou ont cru que cette opération allait résoudre tous nos problèmes, ça n’a pas été simple de leur expliquer. D’autant plus que nous n’y comprenons plus grand chose nous non plus…

Quelques bribes du rapport opératoire, qui est allé rejoindre nos dossiers PMA: « Hystéroscopie opératoire (hystéroplastie d’agrandissement fundique) et coeliochirurgie (épreuve au bleu, fimbrioplastie droite et ovarolysis gauche). Trompes opacifiées et brassage médiocre. Section d’un éperon fundique de 4-5 mm de hauteur. Fimbrioplastie droite permettant d’obtenir un pavillon droit parfaitement fonctionnel. Ovarolysis gauche pour rendre à l’ovaire sa mobilité (présence d’adhérences vélamenteuses péri-ovariennes gauche isolées). »

Et maintenant ? Une pause, une vraie. Jusque mi-mai, pour le RDV avec Hope qui nous éclairera sur la suite. Quelle qu’elle soit.

Les quelques personnes de notre entourage mises dans la confidence de cette opération ont semblé assez inquiètes, impressionnées par l’hospitalisation, et ont hâte de me voir « remise ». Quelle ironie. Parce que finalement, le plus dur, ce ne sont pas les traitements, les médicaments, les interventions, certes pénibles mais défini(e)s dans le temps. Non, le pire, c’est le reste. C’est la vie qui continue, avec ce vide, ce manque invisible.

 

Dîner

Le dîner…

 

Ptit dej
… et le petit dej
Nombril

Une cicatrice, visible celle-là

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